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vendredi 8 août 2014

YOU’RE THE WORST, ROM COM TRASH DE L’ÉTÉ















You’re the Worst, ou comment lancer un défi à l’esprit critique qui sommeille dans chaque sériephile. Créée par Stephen Falk, qui a officié sur quelques épisodes de Weeds, la nouvelle série FX renferme de nombreuses maladresses et anomalies. Pourtant, et contre tout attente, You’re the Worst est terriblement attachante et devrait faire partie des réussites de l’été.


Le pitch


You’re the Worst, c’est l’histoire de deux beaux dégueulasses égocentriques sévissant à Los Angeles. Gretchen, sorte de Jessica Day (New Girl) version trash, est une attachée de presse pas farouche pour un sou, avec une tendance à l’autodestruction. Elle rencontre à un mariage Jimmy, écrivain britannique cynique et antipathique à souhait.

Sans surprise, les deux dépravés vont tomber dans ce piège tendu maintes et maintes fois par les scénaristes, et commencer à s’apprécier.


You’re the Worst, pas la pire des comédies romantiques


You’re the Worst ne révolutionne pas le monde des séries et a même de quoi rebuter à première vue : ouverture des plus artificielles, tendance à la vulgarité, personnages secondaires qui frisent l’inutilité. Ajoutez à cela un scénario et une réalisation un peu bancals et la coupe aurait pu être pleine. Et pourtant…


Deux bons acteurs et des répliques qui font mouche


Et pourtant, la série est véritablement attachante. Première explication : les comédiens. Inconnus de ce côté de l’Atlantique (et pas vraiment célèbres de l’autre), ils font le boulot, et le font même bien.

Chris Geere fait vite oublier le stéréotype de son personnage. À mi-chemin entre Jim Jefferies (Legit) et Gregory House, il se complaît dans ses répliques assassines et une aversion de son prochain au final plutôt marrante. De son côté, Aya Cash remplit parfaitement ce rôle de paumée solitaire et mimi que l’on a envie de prendre dans ses bras.

Si le duo est plaisant, la force de la série tient surtout dans ses répliques. Trashs et bien senties, parfois réjouissantes ou grinçantes, elles touchent au but : elles font rire.

Que le plaisir soit coupable ou assumé, You’re the Worst est une comédie romantique qui a du charme. Reste à espérer qu’elle ne franchisse que modérément la limite du mauvais goût, cette frontière de l'humour si mal surveillée.

Transatomètre : niveau 3



mercredi 9 juillet 2014

THE LEFTOVERS, QU'EST-CE QUI CLOCHE?

Diffusé depuis le 29 juin dernier, ce drame-fantastique du créateur de Lost en a laissé plus d’un sur sa faim. Début d’explication.
















Plusieurs mois que The Leftovers attise la curiosité des sériephiles, que l’on entend vaguement parler du prochain boulet de canon HBO, à coups de teasing et du bouche à oreille du web. Le casting attire l’œil, avec notamment Justin Theroux et Liv Tyler. Pourtant, The Leftovers ne suscite pas l'émoi attendu.

Série HBO, mais série de l’été


Ce n’est sans doute pas un hasard si HBO a décidé de programmer The Leftovers durant l’été. La série est plus évoluée et moins teenager que Under the Dome par exemple, mais The Leftovers, sans être une mauvaise série, laisse planer un sentiment de gêne. Un peu comme si Damon Lindelof et Tom Perrotta tentaient de dissimuler le manque de souffle des intrigues par des mystères qu’ils vont, semble-t-il, nous cacher jalousement jusqu'au bout. On peut saluer cette volonté de ne pas tomber dans la facilité du cliffhanger à tout prix, mais cette lenteur pose problème.

The Leftovers, c’est (trop) lent


Alors oui, parfois la lenteur a son charme et elle est même parfois utile. Mais se reposer entièrement dessus dans une série fantastique est un pari risqué. Dans The Leftovers, plus que du mystère, c’est de la confusion qu’elle engendre, voire même de l’irritation. La lenteur se transforme ici en lourdeur et les deux premiers épisodes deviennent parfois exaspérants.

Les facilités de The Leftovers


Comme toute série de genre qui se respecte, il y a bien sûr des codes, des modèles et donc des clichés qui se répètent inlassablement. Le plus irritant ici est cet appât de la possible folie du personnage de Justin Theroux, auquel The Leftovers tente de nous faire mordre. On ne goûte que très peu à ce type de leurre réchauffé qui, espérons-le, ne se fait pas le prophète d’une fin tirée par les cheveux jusqu’à la racine.

Je le répète, The Leftovers n’est pas une mauvaise série, mais une version plus raffinée et subtile des habituelles merdouilles fantastiques de l’été.

Transatomètre : niveau 2


jeudi 8 mai 2014

LOUIE REVIENT AVEC TOUT SON MAL-ÊTRE, RÉJOUISSEZ-VOUS

Louie a enfin fait son retour le 5 mai sur FX, après avoir mis notre patience à rude épreuve. Il est tout excusé, l‘effet est toujours aussi délectable.
















Le thème musical jazzy est éternellement omniprésent, les situations toujours aussi absurdes, voir incommodantes, Louie est bien de retour. Enfin, car le paysage comique des séries, qu’il soit américain ou non d’ailleurs, a toujours bien du mal à se renouveler.

Louie, objet sériel non identifié


Depuis maintenant 4 ans, Louie incarne ce renouveau. Difficile pour autant de classer la série dans la catégorie des comédies, tant Louis C.K. a su faire de cette autofiction un objet sériel non identifié.

C’est aussi ce qui fait la réussite de Louie. On peut vanter les mérites de cet humour grinçant, porté par ce personnage mélancolique s’interrogeant quotidiennement sur l’absurdité de son monde. Mais Louie ne peut être résumé qu’à ce trait de caractère. Il ne faut pas oublier ce qui est l’essence même de la série, et qui est lié au talent de Louis C.K. : sa capacité à se réapproprier les règles scénaristiques.

Le scénario d'un promeneur solitaire


C’est aussi ça le génie de Louie : des épisodes sans aucunes trames narratives apparentes, et pourtant d’une efficacité terrible.

La reprise de cette nouvelle saison confirme ce style sans pareil. Ce qui compte chez Louie, ce n’est pas tant de raconter une histoire, mais plutôt une série d'événements. Le plus important, ce sont les pérégrinations qui vont l'amener à subir des constats doucement amers. Cette soumission au réel l'aidera pourtant à enrichir des sketchs hilarants, bien que souvent empreints d'un profond malaise.

C’est donc ainsi que l’on peut découvrir ce bon vieux Louie être réveillé par les éboueurs, aller chez les médecin, faire une partie de poker ou cuisiner pour ses filles. Beaucoup d’épisodes sont en fait une suite de pastilles sur le quotidien. Un procédé qui peut être désarçonnant pour les habitués des standards imposés par les sitcoms.

Une série "à propos de rien" ?


Seinfeld était une série "à propos de rien", il y a un peu de ça chez Louie. En apparence en tout cas. Car il parvient toujours à s’extirper de cette seule dimension comique, pour nous emmener ailleurs. Quelque part, dans des lieux indéfinissables, le comedian se permet des séquences à la limite du cinéma expérimental.

Au final, Louis C.K. fait ce qu’il veut. Auteur, réalisateur, acteur et monteur, il est celui qui incarne le mieux cette notion galvaudée de série d’auteur. A ce petit jeu, c’est bien lui le meilleur.

Transatomètre : niveau 4




mardi 1 avril 2014

HIMYM : À L'AGONIE, LA BÊTE A ÉTÉ PIQUÉE

Avant-propos : très utilisé dans cet article, le « on » peut être remplacé par un « je » plus en phase avec la subjectivité de l'auteur.















How I Met Your Mother, c’est d’abord l’histoire d’une lente agonie. L’irrémédiable chute d’une narration audacieuse enfermée depuis de longues saisons dans un de ses flashbacks. Des flashbacks qui avaient pourtant fait tout le charme et l’originalité du successeur de Friends.

Tout avait si bien commencé. Carter Bays et Graig Thomas nous avait mis une belle baffe en dépoussiérant un procédé cinématographique critiqué pour sa facilité. Le concept séduisait, mais on savait aussi que la série tiendrait difficilement un rythme aussi brillant et jubilatoire, qui a tant mis à l’épreuve la résistance de nos zygomatiques.

HIMYM : la mort à petit feu


Il y a aujourd’hui, lorsque l’on regarde un épisode de HIMYM, une désagréable froideur d’après fête et l’impression d’une série qui s’est regardée mourir à petit feu. Au contraire de Friends, qui malgré deux dernières saisons un peu maladroites, avait réussi à conserver son niveau d’exigence avec notamment un final mémorable. Même ceux qui sont morts à l’intérieur avaient dû y laisser une larme.

Alors on a continué. On ne sait pas vraiment pourquoi d’ailleurs. On s’est forcé. On a poussé le vice si loin que l'on a pu même désespérer devant ces situations invraisemblables et un humour réchauffé au micro-onde. En tout cas, on est allé jusqu’au bout. Ils nous ont si bien divertis pendant 4 saisons, on leur devait bien ça. Et puis, on s’attendait peut-être à un miracle. Ou peut-être que l’on voulait simplement savoir qui était la mère bordel. Difficile de trancher.

Un patchwork de grosses ficelles


Que l’épisode final soit réussi ou pas importe peu. Les dés ont été jetés dans les méandres du souvenir d’un bon épisode depuis bien trop longtemps. Cette conclusion symbolise d’ailleurs à merveille ce que la série est devenue: un brouillon temporel et un patchwork de grosses ficelles usées jusqu’à la dernière fibre. On ne peut que respecter l’envie des scénaristes d’innover, de ne pas vouloir s’enfermer dans les carcans de la comédie. Seulement, pour les fans de série, le métier de scénariste est comparable à celui de chirurgien à cœur ouvert : on ne félicitera son audace que s’il réussit son opération.

Ne soyons pas trop durs. Il y a bien un petit pincement au cœur de savoir qu'on ne verra plus ces personnages qui nous ont accompagné pendant 9 longues années. Un peu comme lorsque oncle Bill s’incruste à la maison pendant plusieurs mois. On ne le supporte plus, on aimerait qu’il taille la route. Il finit par partir un banal lundi matin. Et sournoisement, il nous manque un peu. On aimerait presque l’appeler et lui dire de revenir. Mais dès le lendemain, on est soulagé d’être parvenu à la boucler. Il est enfin parti, et c’est mieux pour tout le monde.

Par respect pour le passé glorieux de la série, j'ai décidé de ne pas soumettre cet épisode final à l'impitoyable Transatomètre.

mercredi 22 janvier 2014

TRUE DETECTIVE : UN DUO DE FLICS DYSFONCTIONNEL

HBO a lancé la semaine passée la mini-série True Detective. Matthew McConaughey et Woody Harrelson y incarnent un duo de flics dysfonctionnel enquêtant dans les Bayous de la Louisiane.



















Ma sériephilie est-elle donc incompatible avec le marché du travail ? Les managers se sont-ils perdus dans les méandres des objectifs de rentabilité ? Toujours est-il que mon abandon de poste n'est pas passé comme une lettre à la poste à l'usine de jus de pomme. Il me faut un job plus souple, où les relations humaines priment sur la productivité.

Je suis donc allé sonner à la porte de la sécurité sociale. Les nombreux retards de remboursements qu'ils m'ont fait subir ces derniers mois me laissent espérer des conditions de travail décontractées. Leur ouverture d'esprit n'est en fait qu'un mythe et j'ai été renvoyé manu militari par un duo de flics vers la sortie, ayant à peine eu le temps d'énoncer mes motivations.

Je suis rentré chez moi, pataud, tentant de trouver sur le chemin de ma défection, une solution à mes problèmes financiers. Rien est venu, sinon que j'ai raté le début de True Detective la semaine dernière. Alors, je me suis mis à courir. Je me suis mis à voler, à la recherche du temps perdu devant mon écran.

Une bonne série noire


True Detective, c’est un pitch de polar tout simple : un duo de flics enquête sur la mort d’une prostituée assassinée selon un rite occulte. En revanche, le traitement est original. L’enquête s’étale sur 17 ans. On pense au Zodiac de David Fincher.

True Detective, c’est surtout une paire de flics dysfonctionnelle…qui fonctionne : tout oppose Rust Cohle (McConaughey) et Martin Hart (Harrelson). Mais leurs disparités les rendent complémentaires. Hart représente le détective respecté par tous et en apparence bon père de famille. Un flic de la vieille école aux idées bien arrêtées et légèrement macho sur les bords.

Il doit faire équipe avec Cohle, l’étranger (il vient du Texas). Un taiseux solitaire à l’allure filiforme. Cohle, c’est la puissance de l’instinct au moyen d’un flair hors norme affûté par une addiction au Quaaludes (un puissant sédatif). Il fascine par ses regards comme connectés à un étage supérieur de perception.

Une réalisation suffocante


Dans True Detective, on ne s’affole pas. La réalisation est traînante, comme sonnée par des somnifères. La caméra se déplace lentement. Tout comme les personnages. Ce rythme calme sert sur un plateau les grosses répliques qui claquent, magnifiées par les voix rocailleuses des deux acteurs. Une vraie série de genre qui ne tombe (pour l’instant) pas dans la caricature.

Le showrunner novice, Nic Pizzolatto, est né à La Nouvelle-Orléans. Et ça se voit. L’atmosphère subtropicale du Bayou s’agglutine à l’image et ne la quitte plus. Pizzolatto connait la région et nous emmène dans les recoins invraisemblables de ces terres, qui l’ont vu écrire son premier roman : Galveston est un road-trip entre La Nouvelle-Orléans et le Texas.

Un casting de revenants


Le format de la mini-série sied comme un gant à McConaughey, qui peut déployer les failles de ce personnage torturé et/ou étrange qui le caractérise désormais (Killer Joe, Mud, Eastbound and Down, Les Loups de Wall street). Woody Harrelson revient également au premier plan. Celui qui était notamment connu pour son rôle de Mickey Knox dans le Natural Born Killer d’Oliver Stone, est en ce moment à l’affiche des Brasiers de la colère, de Scott Cooper.

Tremé fraîchement éteint et Boardwalk Empire s’en allant l’année prochaine, HBO se doit désormais d’assurer la relève. True Detective s’en tire plus que bien et pourrait bien incarner ce nouveau souffle.

Transatomètre : niveau 4







lundi 13 janvier 2014

ENLISTED : COMÉDIE GENTILLETTE

Fraîchement récompensée d’un Golden Globe pour Brooklyn Nine-Nine, la Fox a ouvert le bal comique de 2014 avec Enlisted. Une comédie trop sage.




La pression du salaire fait ressortir le pire de l’homme. Avec désormais deux bouches à nourrir, les solutions ne sont pas légions. Direction l’usine du coin, où je suis chaleureusement accueilli par une saillie du manager sur mes cinq (petites) minutes de retard. Quelle comédie! J’ignore sa réflexion déplacée et prend place derrière ma machine.

Après quelques explications, je suis prêt à devenir la bête de productivité espérée. La machine dicte le rythme et le capitalisme me motive à finir une première palette de jus de pomme allégé en sucre.

Mais d’un coup, comme une fulgurance, l'appel du devoir surgit dans mon esprit mécanisé. Je devais regarder Enlisted, nouvelle série lancée sur la Fox le 10 janvier. Ni une, ni deux, je rassemble mes affaires et quitte mon poste.

L’espoir d’une surprise


Chaque nouvelle sitcom traîne le même boulet. On se force à espérer que derrière ces pitchs standardisés se cachent peut-être les successeurs de Friends, Big Bang Theory ou How I Met Your Mother (saisons 1 à 4).

Après tout, les pitchs de ces classiques ne laissaient en rien présager de leurs succès. Mais l'accumulation des déceptions finit par nous faire douter : la sitcom grand public attend toujours son monstre sacré de la décennie 2010. Et ce ne sera pas Enlisted.

La curiosité Enlisted 


Armé de ce fragile espoir, j'ai testé la nouvelle série créée par Kevin Biegel (Scrubs, Cougar Town). Avec son écho positif résonnant d’outre-Atlantique, Enlisted suscite la curiosité, malgré un pitch très classique.

Vraisemblablement marqués - chacun à sa manière - par la mort au combat de leur père, cette fratrie que tout oppose tente de retrouver la complicité de l’enfance. Cela passe par un humour tantôt délirant, parfois puéril et même un peu bébête. On sourit par moment. Mais on peut aussi s'agacer du manque d'ambition et de renouvellement du genre.

Enlisted et les comédies gentillettes de la Fox


Enlisted s’inscrit dans la ligne éditoriale de la Fox et ses comédies gentillettes. Ce n’est pas une mauvaise série, mais elle mériterait un traitement plus audacieux. La question du genre est aussi à remettre en question. Car Kevin Biegel a l'ambition de creuser un peu plus ses personnages que dans une simple comédie. Dans une interview donnée au site The Wire, il confie avoir fait évoluer le genre au cours de la saison. Le but étant de devenir un drama agrémenté de quelques blagues. C’est loin d’être la même chose.

Ses intentions sont louables. Seulement le résultat ne transparaît pas à l’écran et Enlisted est pour le moment une comédie un peu banale.

Transatomètre: niveau 2




vendredi 22 novembre 2013

THE AMERICANS : LES TÂTONNEMENTS D'UN DRAME FAMILIAL

Canal Plus continue son tour d’horizon des séries us de 2013 avec The Americans, une série d’espionnage sous fond de drame familial. L’espionnage est bien présent. Le drame familial un peu moins.


Les Jennings, une famille américaine modèle? (The Americans, FX)
En sortant de Décathlon avec Michael, les bras surchargés de matériel de survie, nous sommes tombés nez à nez sur une affiche pour la promo de The Americans, la série FX qui arrivera le 18 décembre sur Canal Plus Série. L’occasion était parfaite de lui faire passer un message fort sur notre situation à travers une critique déguisée.

The Americans n’a pas pour seule ambition d’être une énième série d’espions. Et c’est là que le bât blesse. Phillip et Elizabeth Jennings, agents infiltrés du KGB dans l’Amérique anti-communiste des années Reagan, doivent également gérer une famille et une vie de couple. Joe Weisberg, ancien de la CIA et créateur de la série, fait le pari d’un récit ambitieux. Confronter ces thèmes paradoxaux aurait pu donner le jour à une série brillante de contradiction. Seulement, The Americans manque d'un point de vue plus moderne.

Tout en restant un divertissement honnête, The Americans n’arrive pas à atteindre le niveau de profondeur qu’il espère. La faute à une multitude d’intrigues d’espionnage, dont le rythme effréné et nécessaire semble empêcher le drame familial de prendre toute sa contenance. C’est frustrant, car il y a ici un terreau créatif fertile pour apporter un œil nouveau sur l’éducation, le rapport à sa propre identité et à la vie maritale. Quelles sont les limites de la fidélité chez un personnage prêt à offrir des faveurs sexuelles pour une information ? Peut-on d’ailleurs parler de couple dans une relation montée de toute pièce par le KGB ? The Americans a en tout cas le mérite de lancer des pistes. Mais la série ne parvient pas à s’immiscer en profondeur dans la complexité de ces rapports faussés dès le départ, et dont la notion de secret semble être la pierre angulaire du bon équilibre familial. Il manque la possibilité d’une étincelle qui pourrait tout faire sauter depuis l’intérieur. Car c’est bien dans l’intimité de cette famille que tout se joue. Bien-sûr, le risque d’une intégration trop forte au mode de vie américain est permanent. Mais la sphère domestique est beaucoup plus ambiguë et risquée pour les protagonistes, en ce qu’elle ne peut sous-estimer quelque chose de plus fort qu’une conviction politique : des sentiments.

Comme je le pressentais, Michael n'a pas saisi le parallèle que je faisais entre vie de couple et amitié. Après m’avoir traité de "femmelette", il est parti en courant dans le centre commercial, certainement au rayon des boites de conserves. Inutile d’insister. Je préfère le laisser cogiter sur ce moment difficile.

Transatomètre : niveau 3



jeudi 17 octobre 2013

THE WRONG MANS, OU LA STYLISATION À L'ANGLAISE

Après "Utopia", les anglais récidivent cette année avec "The Wrong Mans". Si l'exercice de style n'est pas aussi abouti, il confirme en tout cas la tendance à travers un pastiche séduisant.















Il y a un temps pour tout. Il me faut maintenant tourner la page de la Cuckoo's Nest factory et la trahison de Michael, mon supposé ami. Priorité pour commencer, ranger le transat au garage pour protéger ce fidèle compagnon sériephile du rude hiver qui s’annonce. Cela me prend cinq bonnes minutes. Le temps gris et maussade ne pousse pas à s’enticher d’une nouvelle sitcom à la photographie surchauffée. Non. Aujourd’hui, j’ai l’esprit brumeux des Îles Britanniques. 

Les anglais ont démontré tout leur talent dans l’exercice stylistique l’an passé avec Utopia. Il y a un peu de cet esprit dans The Wrong Mans, comedy-drama de la rentrée britannique, diffusé sur la BBC Two depuis fin septembre. Risqué mais plaisant, The Wrong Mans a des similitudes avec sa grande sœur : conspiration, bande son, réalisation et montage stylisés. La grande différence, c’est que TWM pastiche le genre. Les deux acteurs/créateurs, James Corden et Mathew Baynton se sont inspirés de la série 24 et de Burn After Reading, la comédie noire des frères Cohen.

Un monde en décalage


La qualité de la série réside dans l’écart qui se crée entre un monde normal et quelque chose d’autre, quelque chose de surréel. Ce léger glissement est permis par la gaucherie des personnages, mais aussi la réalisation. Il y a notamment la mise en scène de l’accident de voiture au début du pilote, étrange de silence. La photographie très soignée donne une impression de studio et participe activement à cette perception d’un monde superficiel. L’effet comique devient assuré par l’oppression presque kafkaïenne exercée sur ces deux personnages qui ne rêvent que d’exister enfin dans un monde en décalage où, comme dans le nôtre, les trentenaires losers sont méprisés par la communauté.

The Wrong Mans est prometteur. Le risque tient au sujet de la conspiration, sujet maintes et maintes fois abordé, qui peut facilement dégénérer et faire perdre de sa crédibilité à un exercice de style pour le moment réussi et agréable. 

Comme tout amateur de conspiration, la suspicion s’installe dans mes veines après la diffusion d’un programme sur le sujet. Alors, lorsque l’allumage automatique de l’allée s’enclenche et que la chaîne Hifi se met en marche d’elle-même dans le living room, l’instinct de survie ordonne au courage de faire son boulot. C’est sans sourciller que je m’empare du 357 Magnum oublié par oncle Bill sous l’oreiller. Guidé par les notes festives de la BO de Tremé - saison 1- je m’approche à pas de chats du sadique sériephile. Le canon pointé sur la nuque, l’intrus se met à trembler. "John ?" me dit-il. Je lui réponds avec aplomb. "Lui-même !". Il se retourne, le visage figé par sa moue d’éternel méfiant. Michael est revenu.

Transatomètre : niveau 3



vendredi 4 octobre 2013

BREAKING BAD, LA FIN DU MENSONGE

Attention, spoil sur l'épisode final (notamment). 


Il nous a menti pendant cinq belles années. Walter White s'en est allé, emporté par sa baby blue. 'He got what he deserved'. 


















Il est temps de se regarder dans la glace et de stopper dans leurs courses effrénées ces mensonges qui ne s’admettent que par étapes. C’est ce que j’ai décidé de faire aujourd’hui. C’est ce que Walt a fait dimanche dernier pour conclure cinq saisons d’une des rares séries faisant l’unanimité. Les critiques et les fans s’accordent depuis des années à dire que Breaking Bad fait partie des grands. Il restait à prouver qu’elle avait les tripes pour entrer dans la petite salle d’archives où trônent Les Sopranos ou The Wire. Tout cela reste bien sûr subjectif et tient à la sensibilité de chacun. Cet épisode final n’est pas celui qui m'a le plus retourné de la saison. Mais c’est une merveille de conclusion. Conclusion du récit bien sûr, mais surtout de son style. Liquider un gang néo-nazi à l’aide d’une mitrailleuse sortie à distance du coffre d’une voiture est une idée très bancale sur le papier. Mais cela a toujours fait partie intégrante du style Breaking Bad. Un style pouvant passer d’une intensité extrême à une fulgurance loufoque proche de l’invraisemblance, des ruses géniales de Walt à sa dureté glaçante, sans oublier une dimension humoristique subtile et nécessaire. Ce sont sans doute ces ballottements incessants, dont Vince Gilligan et son équipe sont devenus des maîtres en la matière, qui fait pencher la balance au moment des délibérations. Surtout, ils ont répondu à une question capitale.

Durant cinq saisons, Walt a menti à tout le monde et surtout à lui-même. Son obsession l'a même conduit à se couvrir de ridicule aux yeux de sa femme, notamment dans son explication du tapis imbibé d'essence par Jesse. Ce dernier épisode ne pouvait éluder cette facette essentielle de sa personnalité. Dans une ultime confrontation avec Skyler, il avoue enfin. Il n’a fait ça que pour lui. Il a privilégié aux besoins de sa famille, l’amusement d’une vie de malfrat. Étrangement, c’est à ce moment précis que l’on ne doute plus de l’amour qu’il a pour sa famille, tout simplement car il ne ment plus. Pour entériner ce virage psychologique, il sauve même Jesse dans un concours de circonstance moralement perturbant. Aurait-il pris la peine de sortir son ancien disciple de l’esclavagisme si Todd n’était pas allé menacer sa famille?

Jesse en a bavé dans cette dernière saison et a perdu bien plus que Walt au fil des saisons. Il y a pourtant ce sentiment malsain que tout ce qui lui est arrivé était nécessaire à sa réhabilitation. Il a fallu qu’il tombe plus bas que terre, dans cette cage souterraine, pour que cet être écorché vif comprenne enfin le plaisir des choses simples. Ce n’est vraiment plus le même Pinkman, impulsif et parfois naïf que l’on voit dans cette dernière saison. S'il étrangle rageusement Todd, son bourreau à la gueule d'ange, il refuse la chance de châtiment que lui offre Walt et ne le tue pas. Jesse s’est défait de l'emprise pernicieuse de son ancien prof de chimie qui l’a conduit si bas.

En définitive, Walt trouve son salut dans le paradoxe de sa personnalité. Une conclusion évidente de la monstruosité humaine de ce personnage, mise en abyme par l’éloquence des paroles de 'Baby Blue' des Bad Fingers. C'est sûr, Breaking Bad a bien sa place dans la petite salle d'archives.

Et alors que je ne peux me détacher de mon reflet, je me dis que la fin d'une série, c'est un peu comme le choc de la solitude lorsque les copains rentrent chez eux après les vacances. Pour l'instant, dans le miroir, je ne vois qu'un type triste d'avoir perdu sa bande de pote.

Transatomètre : niveau 5 (pour l'ensemble de son oeuvre)









mercredi 25 septembre 2013

KILL DADS, SLEEP WITH MOM

Anna Faris est Christy, une mère en construction
Le commencement de ce nouveau cycle est délicat à gérer. Les feuilles mortes commencent à tomber avec parcimonie sur le transat et les cadavres de bouteilles vides de tante Barbara viennent rajouter une couche de désolation à cette peinture mélancolique. Difficile cette transition automnale. Je préfère me complaire dans la nostalgie. Alors je me couche sur mon transat humide, fantôme de lui-même, et enclenche le pc pour découvrir Mom, frigorifié, mais rassuré par ce soutien pliant.

Septembre 2013 marque la naissance du complexe d’œdipe version sériephile. La locution Kill 'Dads' and sleep with 'Mom' pourrait être adoptée par des américains angoissés par le retour de leurs parents.


Après le nauséeux Dads, voici le tour de Mom, qui se positionne comme la bonne surprise de la rentrée sur CBS. Il y avait pourtant de quoi frémir à la vue du trailer. Mom portait en elle tous les ingrédients pour battre son mari au concours des bouses de l'année.

Le pitch : Christy est une serveuse qui s'efforce de lutter contre son passé d'alcoolique. Elle tente comme elle peut de s'affirmer dans son rôle de bonne mère. Ce pseudo-équilibre est remis en cause lorsque sa propre mère refait surface et compte bien s'incruster dans la vie de famille.

Mom n'a pas pris le virage de la bêtise à chaque embardée de situation potentiellement lourdingue. Sa bonne fortune réside dans l'expertise de Chuck Lorre pour les personnages trash et le jeu agréable d'Anna Faris, que l'on avait plus vu dans une série depuis Entourage, où elle jouait son propre rôle. L'actrice de Scary Movie balade sa bonne bouille dans ce rôle de mère dépassée, sans taper dans la caisse du jeu d'acteur de sitcom exubérant. Elle se repose sur des situations simples et efficaces, en laissant planer cette impression d'être et de ne pas jouer. Comme quoi il est possible d'interpréter un personnage excessif sans en faire des tonnes. Surtout, Mom a la qualité essentielle d'une comédie : son rythme. Les répliques sont distillées au bon moment et font agréablement pouffer de rire, là où l'on pouvait avoir peur qu'elles nous énervent. Elle surfe sur les limites de l'humour bébête et ne tombe presque jamais dedans. En fait, Mom nous surprend en bien. C'est sa plus grande qualité. 

Transatomère  : niveau 3


mercredi 18 septembre 2013

LA RENTRÉE PAS SI COMIQUE DE LA FOX

Aujourd’hui, jour J de l’évasion. Je suis réveillé par les sirènes aiguës de l'alarme de l'hôpital. Un résident manque à l’appel ! Conséquence, nous sommes tous réunis dans la cafétéria pour faire les comptes. J’en viens presque à espérer qu’il s’agisse de Roger. Mais non, il arrive avec 5 minutes de retard, une clé USB attachée autour du cou qu’il m’offre fièrement. Je lui ai demandé hier de me fournir en pilotes bien frais et son efficacité est touchante. Mais mon attention est ailleurs. Pas de Michaël dans la salle.

Le verdict tombe rapidement. Michaël s’est carapaté, certainement aidé dans sa tâche par un garde corruptible. 

J’ai le moral à zéro en ce début d'après-midi et je me décide à regarder des pilotes de comédies dans la salle commune, histoire de me changer les idées. Du coup, j’ai le moral à -2. Forte du lancement de projets intéressants ces dernières années (Raising Hope, New Girl, The Mindy Project), la Fox faisait sa rentrée comique hier avec deux nouveautés au programme : Brooklyn Nine-Nine et Dads. Si la première est une comédie policière convenable, la seconde est tout simplement imbuvable.

Brooklyn Nine-Nine



C’est le dernier venu du faux documentaire à la The Office. Dan Goor et Michael Schur, qui ont notamment officié sur Park and Recreation, nous emmène dans le quotidien du commissariat de Brooklyn, alors qu’un nouveau capitaine est nommé dans le département. Jake Peralta (Andy Samberg), meilleur inspecteur et rigolo du service, doit se faire à l’arrivée de son nouveau chef, le capitaine Holt, un type obsédé par l’ordre et l’esprit d’équipe. 

On joue avec les codes des Cops Shows traditionnels (insubordination du héros tête brûlée, rivalité et conflits entre les équipiers) auxquels on colle l’univers de la vie de bureau de The Office. L'association peut faire tiquer. L'idée est bonne, mais les enquêtes sont résolues à la va-vite (par les scénaristes) et servent plus de prétextes au quotidien du bureau et aux relations entre ces bras cassés émotionnels.

On ne s’étouffe pas de rire en mangeant son hot-dog, mais on peut laisser sa chance à cette série sans prétentions. Les nostalgiques de la sitcom avec Steve Carell y trouveront peut-être une forme de thérapie.

Dads









Seth Macfarlane ne s’est pas foulé. Il a repris l’affiche de son dernier film, Ted, a remplacé le titre par Dads et les acteurs par Seth Green et Giovanni Ribisi. Voilà qui résume bien l’esprit d’une comédie complètement bâclée. Le pitch annonçait déjà un manque d’originalité : deux trentenaires, Warner et Eli, travaillant dans une boite de jeux vidéo, voient leurs vies chamboulées par l’irruption de leurs pères respectifs. 

On a beau chercher, difficile de dénouer une quelconque histoire dans cette bromance qui enchaîne des situations et des sketchs plus lourds les uns que les autres. La représentation des asiatiques est toujours plus dans le cliché ethnique. Seth Green (Eli) en fait des tonnes pour compenser l’abîme comique des situations. Le père de Warner, envahissant, est en fait plus débile qu’intrusif. Seul Giovanni Ribisi (le frère de Phoebe dans Friends) se tire de la grossièreté généralisée avec quelques mimiques qui prêtent à sourire.

Je pense avoir fait le tour de la question, ici à la Cuckoo's Nest factory. Il est grand temps de stopper l'hémorragie de médiocrité qui jaillit sur mon moral comme Dads sur l'écran de la salle commune, et de me confronter au monde réel, aussi impitoyable soit-il. Retour au bercail, encore une fois.

Transatomètre :

Brooklyn Nine-Nine : niveau 2




















Dads : niveau 1






mardi 23 juillet 2013

RAY DONOVAN, QUELQUE CHOSE QUI SONNE FAUX

La journée annuelle des Maynard aurait pu se dérouler dans une douce quiétude estivale. Seulement voilà, la réunion de famille a vite tourné à une intervention préméditée sur ma personne. Mes récentes frasques ont été largement évoquées et des conclusions bien vite tirées. Selon tante Barbara, je serais un fainéant chronique. Je lui ai rétorqué que je connais peu de fainéant capables de prendre un avion à la dernière minute pour aller regarder une série à Los Angeles et que cela demande beaucoup de courage de vouloir vivre de sa passion. La pilule avait du mal à passer, d'autant que tante Barbara est une alcoolique notoire et que l'entièreté de son coup de semonce se fit au rythme d'un hoquet irritant.

Bref, il est temps pour moi de tuer dans l’œuf tous les événements qui pourraient me remettre dans cette situation au repas de l'année prochaine. Première chose à faire, regarder Ray Donovan.

Ray Donovan est la dernière série proposée par Showtime. Aux commandes, Ann Biderman, la créatrice de Southland! On y découvre Ray, une sorte de faiseur de miracle pour personnalités hollywoodiennes en mauvaise passe. Ray vit des frasques des célébrités et c'est un business très lucratif. Seulement, il gère beaucoup moins bien sa vie personnelle, encore plus lorsque son père, Mickey, est libéré sur parole et tente de s'immiscer à nouveau dans la vie familiale.

L'après Dexter


Biderman fait état d'un monde où rien ne fonctionne. Chacun vit avec une tare, visible ou psychologique. Personne n'assume et préfère se laver les mains en faisant appel aux services de Ray. Comme Dexter, Ray est une sorte de nettoyeur à l'apparence froide, un taiseux au passé tourmenté. Sa morale est cependant beaucoup plus discutable. Il n'agît pas selon un code, mais d'une manière beaucoup plus impulsive, malgré l'apparente figure paternelle qu'il dégage. Showtime continue de développer ces personnages solitaires, en lutte dans un monde hostile et peu reluisant. Dexter vivant ses dernières heures cet été, on ne peut s'empêcher de voir une passe d'armes entre les deux séries. Lourd héritage pour Ray Donovan qui ne semble pas offrir pour le moment les mêmes garanties artistiques que son illustre aîné.

Le malaise Ray Donovan


En effet, la mayonnaise a du mal à prendre. Difficile de savoir où l'on se situe. La frontière entre série B d'un nouveau genre et pastiche de drame psychologique se mue sans cesse comme une boule de flipper et ne permet pas une identification sereine du monde auquel on a affaire. Surtout, quelque chose sonne faux dans ces personnages très stéréotypés, et particulièrement les deux frères. Liev Schreiber, qui interprète Ray, n'est pas mauvais, mais ses dialogues soupirés dans un murmure rocailleux devant faire état de la profondeur de son personnage, finissent par devenir agaçant. 

C'est un peu comme les tartes de tante Barbara. Les bons ingrédients sont là, mais elle ne peut s'empêcher de mettre un peu trop de sucre, un peu trop de farine. Le résultat n'est pas complètement indigeste, mais quand même un peu lourd à l'estomac. Cependant, les américains semblent raffoler des tartes de tante Barbara. Showtime a réalisé des records d'audience et une deuxième saison est d'ores et déjà commandée pour 2014.

Transatomètre : niveau 2



lundi 15 juillet 2013

DATES

Demain, premier entretien d'embauche depuis des mois. Mon oncle Bill disait toujours qu'une entrevue professionnelle est comme un rancard, un jeu de séduction dans lequel l'employeur doit se sentir comme une princesse courtisée. Oncle Bill n'a jamais réellement trouvé de travail, mais j'ai toujours trouvé cette métaphore pleine de poésie. Du coup, un peu rouillé dans l'art de la séduction, j'ai décidé de regarder Dates.

Dates est la dernière série de Bryan Elsley (créateur de Skins) diffusée sur Channel 4. Sa première saison s'est achevée le 3 juillet dernier. Succès critique, la série se veut un point de vue contemporain sur les relations amoureuses, à travers le rendez-vous de deux personnages rencontrés sur un site internet. Chaque épisode nous fait découvrir une nouvelle rencontre.

La série revisite le principe du Boy meets girl. Tout commence par une supercherie inhérente au monde virtuel : la fausse identité. David a menti sur sa profession, Mia sur son nom. Ce qui saute aux yeux dans le premier épisode est cette gestion des rapports de force dans l'entreprise de séduction. Car ce qui aurait pu tourner à une classique prise de pouvoir de la femme fatale sur le plouc du coin, vire au pugilat psychologique. David, loin d'être le petit chien de service, renvoie fermement Mia à ses chères études. Bien sûr, la demoiselle a de l'orgueil et revient à la charge quelques minutes plus tard, sans pour autant en dire plus sur ses intentions. Paradoxalement, David va alors se livrer avec honnêteté. Tout l'intérêt réside dans l'improbabilité de cette rencontre autorisée par la médiation d'internet : Mia, superficielle jusque dans la cigarette électronique qu'elle crapote sensuellement ; et David, en apparence le provincial honnête, étouffé par la jungle londonienne et une cravate qu'il n'a pas l'habitude de porter. Deux mondes, deux personnalités, deux moyens de défense. Entre les deux, un jeu de stratèges pour briser la carapace de l'autre. Une opposition de style sur le ring de la séduction. Mia, et son profil de défenseur, a l'air tout droit sortie d'un reality-show. Elle détourne les conversations à l'aide d'atouts physiques indéniables, qui dissimulent une vulnérabilité et un passé étouffant. David, le puncheur, met chaos son adversaire à l'aide d'une franchise étonnante.

Le principe va plus loin qu'un simple jeu de séduction. Il est emblématique de générations devenues hostiles, désabusées et sur leurs gardes quant à la simple idée de l'Autre. Pourtant, chacun s'évertue à débusquer l'oiseau rare et ce désir justifie cette partie d'échec sentimentale. On comprend alors mieux le choix de ce (presque) huis clos pour le pilote, qui crée un hors-champ puissant au background de personnages luttant pour dissimuler ou assumer au mieux leurs fêlures.

Dates est définitivement la bonne pioche côté outre-manche. Elsley offre une réalisation soignée et les acteurs s'accordent magnifiquement dans la conduite d'un combat psychologique et sentimental harmonieux.

Pour ma part, j'espère que les volontés du DRH ne seront pas aussi compliquées à interpréter que les désirs refoulés de Mia. Si c'est le cas, les conseils glamours d'oncle Bill ne me seront d'aucun secours.

Transatomètre : niveau 4




mardi 9 juillet 2013

SIBERIA














Avant-hier, retour de mon voyage trépidant aux États-Unis, j'ai dormi toute la journée sur mon balcon à cause du jet lag. Conséquence, je me suis réveillé à 3 heures du matin, la peau brûlée au troisième degré. Les pharmacies étant fermées à une heure pareille, il ne me restait qu'à tester la force de mon imagination : j'ai donc décidé de regarder Siberia, série créée par Matthew Arnold, et dont le nom aux allures de tempête de neige finira bien par attiser le feu des coups de soleil. 

Série estivale de NBC, Siberia est une fiction sous le voile d'un reality-show. Une sorte de Koh-Lanta que l'on aurait assaisonné d'un peu de Lost, de Projet Blair witch et de La colline a des yeux. 16 candidats de tous horizons se disputent la somme de 500 000 dollars. Pour gagner, c'est très simple, il faut passer l'hiver. Demander assistance est synonyme d'élimination, et à part ça, c'est no rules! Tout se déroulera dans la nature hostile du désert sibérien, prison à ciel ouvert au temps des goulags. Là où le bât blesse, c'est que la production a installé ses aventuriers dans une ancienne colonie de marchands de peaux, où les 14 habitants auraient disparu sans laisser de traces au début du siècle dernier. On surfe ici sur le mythe des «événements de la Toungouska». En 1908, un objet hybride, sorte de mélange entre une comète et un astéroïde, s'écrase dans ce lieu reculé et provoque des dégâts sur une centaine de kilomètres. Les premières expéditions n'ont lieu qu'en 1927 et les théories les plus folles vont bon train, notamment sur l'explosion d'un vaisseau extra-terrestre. Seule certitude, le taux de radioactivité a sensiblement augmenté. A la vue du pilote, il est certain que c'est la piste qui va être exploitée. Il y a des allusions perpétuelles à ces étranges champignons, ou encore le personnage de Daniel qui trouve une grenouille à trois pattes. On peut extrapoler la suite et imaginer que les peuples nomades de cette région sont devenus des mutants assoiffés de chair fraîche. 

En toute logique, des événements inexplicables viennent perturber le déroulement de l'émission et la production est prise de court (ou du moins le laisse penser). C'est toute l'ambition de ce scénario qui se base sur le modèle d'une télé-réalité d'aventure. On retrouve tous les ingrédients :  interviews, confessions, discours de l'animateur, contraste des caractères pour créer des clashs à répétition, jeux, éliminations etc... Arnold maîtrise les codes du genre et met en avant le trop-plein scénaristique de ces programmes. Le but est ensuite de distiller du fantastique et de l'horreur dans ce canevas narratif. Le pari est risqué, mais peut s'avérer très efficace. Et ça fonctionne pour le pilote. On peut regretter cependant un manque d'équilibre dans cette gestion entre une "réalité" forte et un surnaturel qui s'incruste et auquel on peut avoir du mal à croire : aucun candidat ne remet en cause la production sur le fait qu'il pourrait s'agir d'une vaste blague. Mettons ça sur le compte des impératifs du pilote, qui doit rapidement accrocher un maximum d'audience en laissant planer le mystère. Siberia reste une série prometteuse et pourrait devenir une des bonnes surprises de l'été.

En tout cas, mauvaise nouvelle pour moi, pas un flocon de neige à l'horizon. Apparemment, l'été sibérien est tout ce qu'il y a d'ensoleillé.

Transatomètre : niveau 3


jeudi 4 juillet 2013

UNDER THE DOME

Source : www.hollywoodreporter.com
Hier matin, après avoir fait le ménage, je me suis fracassé le crâne contre la baie vitrée alors que je rejoignais mon transat sur le balcon. Du coup, je me suis rappelé que je devais regarder Under the dome, la munition marketing estivale en treize épisodes de (Brian K. Vaughan, feu scénariste de Lost ), Stephen King et Steven Spielberg, diffusée sur CBS depuis le 24 juin.

13 millions d'américains ne peuvent avoir mauvais goût. Alors j'ai pris l'avion, direction Los Angeles, pour me faire mon propre avis comme tout sériephile qui se respecte. A peine sorti de l'avion, je me suis jeté sur le premier ordinateur en vue. Le temps se meurt, vol retour prévu dans trois petites heures.

Passé le rustre confort de ma chaise en bois, j'ai été mollement frappé par une série décevante sans l'être. On s'attend à ça et autre chose à la fois. Le pilote est loin d'être scandaleux, mais au souvenir des Shining et Misery, on est plus en mesure de s'attendre à un univers à la Twin Peaks plutôt que Flashforward. La programmation estivale a cet effet pervers et son influence est certaine quant au choix de l'atmosphère d'une série qui doit toucher un large public.

La seule franche attente vient de ce mur, sorte de symbole de l'arroseur arrosé, jeté à la figure de l'Homme qui en a élevé tant. Les personnages sont très formatés dans l'ensemble et leurs lourds (relou?) secrets ne présentent que peu d'intérêts. Malgré tout, Under the dome a l'intelligence de vivifier ses intrigues au bon moment et nous donne l'envie d'en savoir plus et, bien sûr, celle de dénouer l'énigme de ce satané mur. Le mystère fait loi et l'emporte sur l'intérêt à suivre la petite vie de ces personnages et les scènes d'action assez too much la plupart du temps.

Au final, Under the dome remplit bien son rôle de machine de guerre de l'été. Le pari semble déjà gagné, étant donné l'audience record établie par la chaîne pour un lancement. Elle nous rappelle surtout, avec Dean Norris au casting, qu'il ne reste que quelques semaines à patienter avant Breaking Bad. BB que je regarderai cette fois de mon domicile...

Vivre sa passion sans revenus réguliers est devenu compliqué et trop sujet aux déceptions. C'en est fini de ces escapades hors de prix. Les aides de l'état ne sont pas éternelles et mon compte bancaire est exemplaire du phénomène d'érosion. Il est préférable de rejoindre les habitudes télévisuelles des passionnés ordinaires. Direction le check-in, je regagne mes pénates.

Transatomètre : niveau 2







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