lundi 13 janvier 2014

ENLISTED : COMÉDIE GENTILLETTE

Fraîchement récompensée d’un Golden Globe pour Brooklyn Nine-Nine, la Fox a ouvert le bal comique de 2014 avec Enlisted. Une comédie trop sage.




La pression du salaire fait ressortir le pire de l’homme. Avec désormais deux bouches à nourrir, les solutions ne sont pas légions. Direction l’usine du coin, où je suis chaleureusement accueilli par une saillie du manager sur mes cinq (petites) minutes de retard. Quelle comédie! J’ignore sa réflexion déplacée et prend place derrière ma machine.

Après quelques explications, je suis prêt à devenir la bête de productivité espérée. La machine dicte le rythme et le capitalisme me motive à finir une première palette de jus de pomme allégé en sucre.

Mais d’un coup, comme une fulgurance, l'appel du devoir surgit dans mon esprit mécanisé. Je devais regarder Enlisted, nouvelle série lancée sur la Fox le 10 janvier. Ni une, ni deux, je rassemble mes affaires et quitte mon poste.

L’espoir d’une surprise


Chaque nouvelle sitcom traîne le même boulet. On se force à espérer que derrière ces pitchs standardisés se cachent peut-être les successeurs de Friends, Big Bang Theory ou How I Met Your Mother (saisons 1 à 4).

Après tout, les pitchs de ces classiques ne laissaient en rien présager de leurs succès. Mais l'accumulation des déceptions finit par nous faire douter : la sitcom grand public attend toujours son monstre sacré de la décennie 2010. Et ce ne sera pas Enlisted.

La curiosité Enlisted 


Armé de ce fragile espoir, j'ai testé la nouvelle série créée par Kevin Biegel (Scrubs, Cougar Town). Avec son écho positif résonnant d’outre-Atlantique, Enlisted suscite la curiosité, malgré un pitch très classique.

Vraisemblablement marqués - chacun à sa manière - par la mort au combat de leur père, cette fratrie que tout oppose tente de retrouver la complicité de l’enfance. Cela passe par un humour tantôt délirant, parfois puéril et même un peu bébête. On sourit par moment. Mais on peut aussi s'agacer du manque d'ambition et de renouvellement du genre.

Enlisted et les comédies gentillettes de la Fox


Enlisted s’inscrit dans la ligne éditoriale de la Fox et ses comédies gentillettes. Ce n’est pas une mauvaise série, mais elle mériterait un traitement plus audacieux. La question du genre est aussi à remettre en question. Car Kevin Biegel a l'ambition de creuser un peu plus ses personnages que dans une simple comédie. Dans une interview donnée au site The Wire, il confie avoir fait évoluer le genre au cours de la saison. Le but étant de devenir un drama agrémenté de quelques blagues. C’est loin d’être la même chose.

Ses intentions sont louables. Seulement le résultat ne transparaît pas à l’écran et Enlisted est pour le moment une comédie un peu banale.

Transatomètre: niveau 2




samedi 21 décembre 2013

SÉRIES FRANÇAISES : LA LANGUE COMME FREIN ?

Les avis pullulent sur le retard français dans la création de séries de qualité. Et si la langue française était elle-aussi un frein à l’émancipation des séries hexagonales ?

















Après sa crise de Décathlon, Michael me devait, si ce n'est une explication approfondie, au moins une excuse sincère. Ma réclamation le perturba. Pris de court par mon attaque frontale, il se justifia avec maladresse, balbutiant une histoire sans queue ni tête. Cette scène me mis profondément mal à l'aise, comme lorsque je regarde une série française. Le spectacle de Michael s'enfonçant dans la mouise me fit m'interroger sur le rôle de la langue dans les séries.

Notre si belle langue, un handicap ? Cette hypothèse un peu folle mérite en tout cas qu’on y prête attention. 
Nos séries semblent être victimes d’un trop grand respect de la grammaire, oubliant un parler authentique. Une réplique du type « Comment osez-vous parler de ça maintenant ? » n’est pas rare dans une création made in France. Un peu lourd. On comprend la volonté louable de promouvoir le bon français. Seulement, ce respect de la langue alourdit une scène et peut empêcher l’empathie du personnage par le public.

Un complexe injustifié


Les scénaristes français en sont pourtant capables. Preuve en sont les shortcoms, dont les plus réussies attestent de notre capacité à écrire des dialogues percutants et divertissants. La langue ne semble donc pas être un frein. Son utilisation peut-être. Se complaire dans pareil complexe serait même un comble, compte tenu de l’aura d’un cinéma hexagonal mondialement reconnu. Bernardo Bertolucci n’hésite d’ailleurs pas à faire l’éloge du français, qu’il considère comme la « langue du cinéma ». 

D’où peut donc provenir ce sentiment ? Une comparaison avec l’anglais apporte un élément de réponse. Dans un article datant de 1991, Michael D. Picone, professeur de linguistique à l’université d’Alabama, observe que l’anglais est une langue qui a un besoin criant de nomenclature. Dans ce contexte, il devient une arme de développement idéale pour des séries dont l’essence même est le formatage. 

Le mythe de la patate chaude


Le français nécessite souvent plus de mots pour élaborer un dialogue et un effort d’articulation qui peut apparaître poussif et irritant à l’écran. Notre imaginaire souffre peut-être aussi du mythe de l’américain déblatérant des insultes mémorables avec une patate chaude dans la bouche.

Le français comme salut


Et si notre salut à l’étranger passait justement par la langue ? Sundance Channel a récemment diffusé Les Revenants en version originale, avec un succès critique à la clé. Bref aura aussi droit à son aventure américaine sous-titrée. De quoi réconcilier le public français avec ses séries ?

vendredi 22 novembre 2013

THE AMERICANS : LES TÂTONNEMENTS D'UN DRAME FAMILIAL

Canal Plus continue son tour d’horizon des séries us de 2013 avec The Americans, une série d’espionnage sous fond de drame familial. L’espionnage est bien présent. Le drame familial un peu moins.


Les Jennings, une famille américaine modèle? (The Americans, FX)
En sortant de Décathlon avec Michael, les bras surchargés de matériel de survie, nous sommes tombés nez à nez sur une affiche pour la promo de The Americans, la série FX qui arrivera le 18 décembre sur Canal Plus Série. L’occasion était parfaite de lui faire passer un message fort sur notre situation à travers une critique déguisée.

The Americans n’a pas pour seule ambition d’être une énième série d’espions. Et c’est là que le bât blesse. Phillip et Elizabeth Jennings, agents infiltrés du KGB dans l’Amérique anti-communiste des années Reagan, doivent également gérer une famille et une vie de couple. Joe Weisberg, ancien de la CIA et créateur de la série, fait le pari d’un récit ambitieux. Confronter ces thèmes paradoxaux aurait pu donner le jour à une série brillante de contradiction. Seulement, The Americans manque d'un point de vue plus moderne.

Tout en restant un divertissement honnête, The Americans n’arrive pas à atteindre le niveau de profondeur qu’il espère. La faute à une multitude d’intrigues d’espionnage, dont le rythme effréné et nécessaire semble empêcher le drame familial de prendre toute sa contenance. C’est frustrant, car il y a ici un terreau créatif fertile pour apporter un œil nouveau sur l’éducation, le rapport à sa propre identité et à la vie maritale. Quelles sont les limites de la fidélité chez un personnage prêt à offrir des faveurs sexuelles pour une information ? Peut-on d’ailleurs parler de couple dans une relation montée de toute pièce par le KGB ? The Americans a en tout cas le mérite de lancer des pistes. Mais la série ne parvient pas à s’immiscer en profondeur dans la complexité de ces rapports faussés dès le départ, et dont la notion de secret semble être la pierre angulaire du bon équilibre familial. Il manque la possibilité d’une étincelle qui pourrait tout faire sauter depuis l’intérieur. Car c’est bien dans l’intimité de cette famille que tout se joue. Bien-sûr, le risque d’une intégration trop forte au mode de vie américain est permanent. Mais la sphère domestique est beaucoup plus ambiguë et risquée pour les protagonistes, en ce qu’elle ne peut sous-estimer quelque chose de plus fort qu’une conviction politique : des sentiments.

Comme je le pressentais, Michael n'a pas saisi le parallèle que je faisais entre vie de couple et amitié. Après m’avoir traité de "femmelette", il est parti en courant dans le centre commercial, certainement au rayon des boites de conserves. Inutile d’insister. Je préfère le laisser cogiter sur ce moment difficile.

Transatomètre : niveau 3



jeudi 21 novembre 2013

ENTOURAGE LE FILM : DÉFINITIVEMENT SUR LES RAILS

Après des mois de négociations, Doug Ellin a lâché hier sur Twitter la date officielle du début du tournage de la suite d'Entourage. On commençait à s'impatienter. Et à s'inquiéter.


Près d’un mois maintenant que Michael a pris ses quartiers chez moi. Sa parano est plus forte que jamais et je viens seulement de trouver le moyen de récupérer une connexion internet. Comme un signe, c’est une news espérée par de nombreux fans qui fait la une outre-Atlantique : "Entourage" est plus que sur les rails et commencera son tournage le 16 janvier, selon le Hollywood Reporter. Les fans peuvent pousser un ouf de soulagement. Car comme la lenteur de la mise en place le laissait présager, un des grains de sable serait venu du contrat de Jeremy Piven (Ari Gold dans la série), plus alléchant que ceux de la bande à Vinny Chase, qui auraient donc voulu être revalorisés. On est pas passé loin de l'incident "sériephilique".

Le film était également en attente d’un financement assez particulier du point de vue hexagonal : il a été tiré au sort parmi 31 autres projets éligibles pour un crédit d’impôt octroyé par la California Film Commission program. Depuis le mois de juin, "Entourage" a donc vu son budget boosté de près de 6 millions de dollars. Suffisant pour lancer la machine à bromance attendue depuis la fin de la huitième saison en septembre 2011.

Le dénouement avait réuni 2,6 millions de téléspectateurs et laissait alors la porte grande ouverte à une possible suite sur grand écran. En guise de preuve, son créateur Doug Ellin, qui réalise aussi le film, a tweeté une photo de lui avec le casting du film.

Du coup, direction Décathlon avec Michael pour préparer la semaine de campement qui précédera la sortie du film. Tente, duvet, lampe torche, réchaud : moi pour Entourage, lui pour une probable cavale dans les bois.

jeudi 17 octobre 2013

THE WRONG MANS, OU LA STYLISATION À L'ANGLAISE

Après "Utopia", les anglais récidivent cette année avec "The Wrong Mans". Si l'exercice de style n'est pas aussi abouti, il confirme en tout cas la tendance à travers un pastiche séduisant.















Il y a un temps pour tout. Il me faut maintenant tourner la page de la Cuckoo's Nest factory et la trahison de Michael, mon supposé ami. Priorité pour commencer, ranger le transat au garage pour protéger ce fidèle compagnon sériephile du rude hiver qui s’annonce. Cela me prend cinq bonnes minutes. Le temps gris et maussade ne pousse pas à s’enticher d’une nouvelle sitcom à la photographie surchauffée. Non. Aujourd’hui, j’ai l’esprit brumeux des Îles Britanniques. 

Les anglais ont démontré tout leur talent dans l’exercice stylistique l’an passé avec Utopia. Il y a un peu de cet esprit dans The Wrong Mans, comedy-drama de la rentrée britannique, diffusé sur la BBC Two depuis fin septembre. Risqué mais plaisant, The Wrong Mans a des similitudes avec sa grande sœur : conspiration, bande son, réalisation et montage stylisés. La grande différence, c’est que TWM pastiche le genre. Les deux acteurs/créateurs, James Corden et Mathew Baynton se sont inspirés de la série 24 et de Burn After Reading, la comédie noire des frères Cohen.

Un monde en décalage


La qualité de la série réside dans l’écart qui se crée entre un monde normal et quelque chose d’autre, quelque chose de surréel. Ce léger glissement est permis par la gaucherie des personnages, mais aussi la réalisation. Il y a notamment la mise en scène de l’accident de voiture au début du pilote, étrange de silence. La photographie très soignée donne une impression de studio et participe activement à cette perception d’un monde superficiel. L’effet comique devient assuré par l’oppression presque kafkaïenne exercée sur ces deux personnages qui ne rêvent que d’exister enfin dans un monde en décalage où, comme dans le nôtre, les trentenaires losers sont méprisés par la communauté.

The Wrong Mans est prometteur. Le risque tient au sujet de la conspiration, sujet maintes et maintes fois abordé, qui peut facilement dégénérer et faire perdre de sa crédibilité à un exercice de style pour le moment réussi et agréable. 

Comme tout amateur de conspiration, la suspicion s’installe dans mes veines après la diffusion d’un programme sur le sujet. Alors, lorsque l’allumage automatique de l’allée s’enclenche et que la chaîne Hifi se met en marche d’elle-même dans le living room, l’instinct de survie ordonne au courage de faire son boulot. C’est sans sourciller que je m’empare du 357 Magnum oublié par oncle Bill sous l’oreiller. Guidé par les notes festives de la BO de Tremé - saison 1- je m’approche à pas de chats du sadique sériephile. Le canon pointé sur la nuque, l’intrus se met à trembler. "John ?" me dit-il. Je lui réponds avec aplomb. "Lui-même !". Il se retourne, le visage figé par sa moue d’éternel méfiant. Michael est revenu.

Transatomètre : niveau 3